Pau : le gendarme blessé hors de danger Le fonctionnaire de gendarmerie de la brigade motorisée de Pau, grièvement blessé par balles samedi par un conducteur qui a refusé de se soumettre à un contrôle routier, se trouve dans un état satisfaisant. Le tireur reste introuvable. Malfaiteur en cavale ou militant de l'organisation séparatiste basque ETA, aucune hypothèse n'est exclue à ce stade de l'enquête. Samedi après-midi, une fourgonnette blanche avec deux hommes à bord a refusé de s'arrêter pour un contrôle d'alcoolémie, forçant le barrage installé par une patrouille de gendarmes près de l'aéroport de Pau. Le véhicule a été pris en chasse par deux motards. Après avoir semé un de ses poursuivants, la fourgonnette s'est arrêtée sur une route de rase campagne, dans la commune de Sauvagnon, à une quinzaine de km au nord de Pau. Quand le gendarme s'est approché, le conducteur a ouvert le feu sur lui à bout portant et l'a touché de trois balles. Il semble que le gendarme ait lui aussi utilisé son arme, selon la gendarmerie de Pau, qui affirme vouloir encore confirmer ce point en interrogeant l'intéressé. Le gendarme Bernard Carrau, 46 ans, marié et père de cinq enfants, a été touché à l'abdomen, au bras et à l'épaule, et souffre aussi d'une blessure à une main. Opéré samedi soir à Pau, il se trouvait dans un état satisfaisant, aucun organe vital n'ayant été touché. La fourgonnette et ses occupants, qui ont pris la fuite après la fusillade, n'ont pu être retrouvés malgré le déclenchement du plan épervier dans toute la région. Le véhicule était doté de fausses plaques, des vérifications sont en cours sur le type d'immatriculation utilisée, selon la gendarmerie. Sur place, les enquêteurs ont retrouvé une dizaine de douilles de 9 mm parabellum, une arme fréquemment utilisée par les commandos de l'ETA lors de leurs opérations en Espagne. Depuis quelques années, l'ETA utilise le sud-ouest de la France comme base arrière. La section recherche de la gendarmerie, le groupement et l'antenne SRPJ de Pau ont été conjointement saisis de l'enquête. Police : la protestation s'amplifie Près de 10 000 de policiers ont manifesté samedi à Paris à l'appel de l'Unsa-police, le syndicat majoritaire. Parmi les principales revendications, la sécurité des équipes d'intervention et un plan de modernisation ont occupé une place centrale. Ce mouvement est un prélude à d'autres actions en province et dans la capitale. Trois mille fonctionnaires supplémentaires et 700 millions de francs de rallonge budgétaire pour permettre notamment la généralisation du port du gilet pare-balles. Les dernières annonces du ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant, pour tenter d'apaiser la grogne des forces de l'ordre ont apparemment laissé de marbre les syndicats. Aujourd'hui, à l'appel de l'Unsa-police, organisation majoritaire, plus de 4 000 gardiens et gradés sont attendus à Paris, pour un défilé qui se veut «?cuménique», entre République et Nation. Dans toute la France, des policiers ont déposé, hier, des motions dans les préfectures, comme à Bordeaux ou à Périgueux. Le mercredi 21 novembre, à l'appel d'un collectif allant du syndicat des commissaires à la CGT, des manifestations unitaires devraient avoir lieu tant à Paris que dans les grandes capitales régionales. Le SNPT (Syndicat national des policiers en tenue) devrait fermer la marche le 22 par un défilé à Paris. Si toutes les organisations représentatives ne poursuivent pas la même stratégie, elles sont porteuses des mêmes aspirations. «Les policiers en ont assez de se faire tirer comme des lapins», proteste Bruno Beschizza de Synergie-Officiers. «Nous réclamons la sécurité maximale pour les équipes d'intervention et un plan ambitieux de modernisation», dit Joaquin Masanet, le secrétaire général de l'Unsa-police. Cible de toutes les critiques: la loi sur la présomption d'innocence votée dans un large consensus l'an dernier, alors que policiers et magistrats avaient annoncé qu'elle ferait «le jeu des voyous». A l'époque, seule une poignée de parlementaires, dont l'ancien ministre de l'Intérieur Christian Bonnet (lire notre interview) avait voté contre ce texte. Quelques chiffres traduisent le malaise grandissant de l'insécurité: plus de 700 000 procédures classées sans suite pour des auteurs connus; seulement 7 peines prononcées sur 10 réellement exécutées; 26,7% de taux d'élucidation des affaires en 2000, soit le plus bas niveau de «productivité» de la machine policière jamais enregistré (activité de gendarmerie comprise). Avant-hier, lors d'une conférence sur les violences urbaines à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), Lucienne Buy-Trong, ancien commissaire des RG, révélait qu'en cinq ans le nombre des quartiers difficiles est passé de 145 à 900 ! Les problèmes soulevés par les hommes et les femmes du terrain appellent, en réalité, des réponses qui dépassent le seul cadre d'intervention de la place Beauvau. «Y aurait-il des zones de non-droit ? Le sort des coupables importe-t-il plus que celui des victimes? Une politique pénale doit-elle se bâtir uniquement en fonction des places disponibles dans les prisons? Les policiers sont-ils condamnés à voir le fruit de leurs efforts ruiné par des décisions de justice qui développent chez les délinquants, notamment les plus jeunes, un sentiment d'impunité, souvent source de violence? Voilà les questions qui reviennent dans les courriers que je reçois!» affirme Daniel Dugléry, 55 ans, le nouveau maire divers droite de Montluçon, lui-même ancien directeur central de la sécurité publique. L'élu n'y va pas par quatre chemins: «Les dernières réformes ont désorganisé la police. On a dépecé les services spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme. On s'est reposé sur les adjoints de sécurité qui ne sont que des gamins pour assurer les missions. Au final, ce sont des pères de famille qui tombent sous les balles, comme dans l'affaire Bonnal, révélatrice des dysfonctionnements de la justice.» Et Daniel Dugléry de conclure: «La police de proximité a conduit le système à la quasi-faillite. Il faut tirer un trait sur cette approche idéologique de la sécurité pour revenir à une pratique de bon sens.» En cinq ans, le nombre des quartiers difficiles est passé de 145 à 900 Moulinex : vers un dénouement de la crise Les salariés de l'usine de Cormelles-le-Royal (Calvados), réunis samedi en assemblée générale, ont adopté à une écrasante majorité le texte de reprise partielle par Seb. Aux termes du plan social, 760 des 1 000 employés licenciés recevront une prime additionnelle de 80 000 francs. A Alençon, aucun vote n'a pour l'instant été organisé. Les salariés normands de Moulinex accepteront-ils la prime de licenciement négociée par leurs représentants syndicaux à Paris? C'est aujourd'hui que l'épilogue du feuilleton du fabricant d'électroménager pourrait s'achever, mais rien n'est acquis. Une chose est sûre: les lettres de licenciement doivent absolument partir le 19 novembre. Cet après-midi, la majorité des employés des usines de Basse-Normandie seront consultés sur les mesures proposées dans le cadre du plan social, et des assemblées générales seront organisées sur les sites de Cormelles-le-Royal et d'Alençon. A l'usine de Falaise (Calvados), la consultation est prévue lundi. Après plusieurs jours de négociations marathons à Paris, entrecoupées d'explosions de violence dans des usines normandes, un accord semblait se profiler hier. Selon des sources syndicales, celui-ci prévoirait le versement d'une prime de 20 000 francs pour une ancienneté inférieure à 10 ans, de 40 000 entre 10 et 20 ans, de 60 000 entre 20 et 25 ans et de 80 000 francs au-delà. Les salariés, pour leur part, réclament une prime additionnelle d'au moins 80 000 francs pour tous les licenciés. La prise en compte de l'ancienneté ne satisfait pas le dernier carré des manifestants de Cormelles-le-Royal: «Nous avons été licenciés de l'usine sidérurgique SMN en 1993. Aujourd'hui, nous n'avons pas dix ans d'ancienneté alors que, depuis deux mois, on est de toutes les actions.» «Sur les 3 287 salariés non repris par le groupe SEB, 2 000 pourraient bénéficier de la prime additionnelle», répond Michel Bove, délégué interministériel chargé du dossier. «Les moyens dont je dispose m'obligent à spolier certaines catégories, en particulier les cadres, au profit de salariés très marqués par Moulinex, dont le taux d'employabilité futur est faible», ajoute-t-il. La question est désormais sur toutes les lèvres: qui va payer cette surprime, évaluée à environ 180 millions de francs ? Depuis plusieurs jours, l'Etat et l'Association de garantie des salaires (AGS), association patronale chargée d'honorer les créances salariales en cas d'insolvabilité de l'employeur, se renvoient la patate chaude. Pour le gouvernement, qui devrait déjà financer près de 350 préretraites, la vente d'une partie du patrimoine des usines liquidées pourrait servir à régler la facture. Mais cela ne suffira pas. Il en appelle ainsi aux représentants des employeurs. Réponse de l'AGS: «Nous consacrerons déjà au minimum 300 millions de francs au règlement des salaires et indemnités. Le versement d'une surprime de licenciement accordée par l'entreprise ne peut donc pas nous être imputé.» Le conflit pourrait bien se poursuivre devant les tribunaux. Et nul doute que Michel Bove prendra soin de boucler juridiquement l'affaire avant de présenter la facture. Tout dépendra en effet de la nature de cette surprime de licenciement. Si elle prenait la forme d'un «chèque à la valise» indépendant des indemnités conventionnelles, l'AGS ne serait pas tenue d'apporter son obole, explique un juriste. Si, en revanche, ce package est un simple complément de cette indemnité, alors, l'association patronale pourrait être mise à contribution. «Si on nous dit de payer, nous payerons, explique l'AGS, ce n'est pas une question de sous.» Frégates : Dumas demande la levée du secret défense L'ancien ministre vient d'adresser en ce sens une lettre à Laurent Fabius. Cette démarche devrait avoir des conséquences sur la suite de l'instruction Thomson et le procès Elf. Concrètement, il demande solennellement que soit levé le secret défense sur les conditions qui ont entouré la vente des fameux bâtiments militaires.